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Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives

Jacques Daviel, oculiste du Roi, par le Professeur Yves Baille

Jacques Daviel est le chirurgien marseillais le plus célèbre du XVIIIe siècle. Il est surtout l’auteur de la technique d’extraction du cristallin qui a ouvert la voie au traitement moderne de la cataracte.

Né le 11 août 1693 à la Barre en Ouche, petit village normand proche d’Evreux, il est le fils et le petit-fils de notaires locaux. Son premier contact avec la médecine aurait eu lieu lors de l’intervention du chirurgien-barbier de Bernay, petite ville proche de son village natal, sur une fracture de cuisse. Il fréquente son officine et décide d’être chirurgien.

Après un séjour d’un an, à l’hôpital de Rouen, il arrive à Paris en 1708. Pendant un an il est en stage à l’Hôtel-Dieu et s’intéresse particulièrement aux démonstrations anatomiques sur cadavres.


En 1709 il s’engage dans l’armée, est démobilisé en 1715, et retourne à l’Hôtel-Dieu de Paris. Pendant cinq ans il y mène une vie studieuse, étranger aux débordements de la Régence. En 1720, lorsque la peste se déclare à Marseille les échevins de la ville recherchent par voie d'affiche des garçons chirurgiens
auxquels ils promettent l'obtention sans examen de la maîtrise en chirurgie. Daviel se porte candidat et quitte Paris en février 1721 pour la Provence.

Il est successivement affecté à Digne, Toulon, Salon où il épouse la fille du chirurgien local Félix. A son arrivée à Marseille en 1722, il obtient des échevins, comme prévu, la maîtrise en chirurgie sans examen. Cette nomination sera contestée par le Collège des chirurgiens de Marseille pendant neuf ans. Ce n'est qu'en 1731 qu’un décret royal intègre les "Chirurgiens de Peste" au corps des chirurgiens marseillais. En 1722 il est nommé chirurgien de l’Hôtel-Dieu, et en 1736 chirurgien des galères. Son intérêt pour l’anatomie le conduit à pratiquer de nombreuses dissections cadavériques. Il crée, à ses frais, l’amphithéâtre d’anatomie de l’Hôtel-Dieu au sein de l’Ecole de médecine.

Nommé en 1738 démonstrateur Royal d’Anatomie puis Chirurgien du Roi, il est en fait le premier enseignant d’anatomie à Marseille où il séjourne 19 ans.

Il rencontre en 1734 Taylor, le célèbre oculiste anglais. De 1736 à 1746 Daviel fait cinq grands voyages dans le Sud-Ouest de la France, en Espagne, au Portugal, à Paris, en Italie du nord. Plusieurs articles du « Courrier d’Avignon » donnent les détails de ces voyages et des interventions qu’il pratique. Son activité oculistique est intense et variée et ses succès retentissants.

En 1745, à l’Hôtel-Dieu, il opère de la cataracte le père Félix ermite à Eguilles. Il tente l’opération classique à l’époque : l’abattage. Sa tentative ayant échoué, il pratique l’extraction du cristallin. Cette opération est illustrée par le tableau d’Eugène Mein réalisé en 1925 à la demande du Professeur Aubaret, chef du service d’ophtalmologie de l’Hôtel-Dieu de Marseille.


Après un travail acharné de dix ans, Daviel a perfectionné, précisé sa technique, et proposé une instrumentation complète. En 1745, il s’installe à Paris. En 1756, il rapporte à l’Académie Royale de Chirurgie 306 cures de la cataracte par ablation du cristallin. Il est reçu à l’Institut de Bologne, à la Royal Society of Surgery, à l’Académie des Sciences de Stockholm.

Il est nommé en 1749 oculiste du Roi, il est aussi l’oculiste des cours d’Europe dont il opère d’illustres patients.
En 1762 son état de santé décline : atteint d’un cancer pharyngo-laryngé, il décède le 30 septembre 1762 à Genève où il est enterré au cimetière catholique du Grand Saconnex.

Sa longue carrière est jalonnée d’honneurs mais elle fait aussi l’objet de contestations au sein même de l’Académie de chirurgie. On lui reproche le caractère très publicitaire des articles parus dans le Courrier d’Avignon ainsi que des statistiques avantageusement arrangées. Les travaux et le nom de Daviel vont tomber dans l'oubli.

A partir de 1885 Daviel revient à l’honneur. Des manifestations sont organisées dans plusieurs villes à Genève, à Bernay, à Paris, à Montpellier où des statues sont érigées à son effigie. A Marseille, son buste se trouvait depuis 1893 dans la cour de l’Hôtel-Dieu ; il se trouve actuellement dans les locaux du Conservatoire du patrimoine médical à l’hôpital Sainte Marguerite.


La place située devant l’Hôtel-Dieu porte le nom de Daviel, et le Pavillon Daviel qui a été le siège de l’Ecole de Médecine de 1875 à 1893 est aujourd'hui incorporé dans les bâtiments de la Mairie.

 


L’histoire a rétabli la gloire de Jacques Daviel en retenant le travailleur acharné dont l’habileté opératoire est reconnue par tous ses contemporains et sa détermination qui a permis de transformer un échec opératoire en une technique de routine
.

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Dernière mise à jour : 7 juin 2017