logo aapmm
logo aapmm
Vous êtes ici : Article du mois | Recherche sur le site

article
Pensez à actualiser la page pour voir les nouveautés (touche F5)

Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives

Antoine Clot dit Clot-Bey, par le Professeur Yves Baille

Marseille a donné son nom à une avenue en hommage à un grand médecin marseillais, Antoine Barthélémy Clot qui joua un rôle majeur dans l’organisation de la médecine en Égypte.
Antoine Barthélémy Clot est né à Grenoble en 1793. Le jeune Clot s’initie à la médecine et à la chirurgie dès l’âge de 15 ans à Brignoles. Il devient interne à l’Hôtel-Dieu de Marseille en 1816 et officier de santé en 1817.
En 1820, il obtient son diplôme de docteur en médecine et en 1823 de docteur en chirurgie devant l’université de Montpellier.

Animé d’une forte ambition et d’un caractère ombrageux, Antoine Clot entre en conflit avec le conseil d’administration de l’Hôtel-Dieu. Celui-ci lui refuse de siéger comme membre du jury des concours d’externat et d’internat, et lui interdit d’ouvrir un cours particulier de chirurgie à l’Hôtel-Dieu. Le poste de chirurgien chef de l’Hôtel-Dieu qu’il briguait lui étant refusé, Clot envoie sa démission au conseil d’administration qui l’accepte.
Dans le même temps Antoine Clot est exclu de la société académique de Marseille. Il quitte définitivement l’Hôtel-Dieu en 1823 et s’installe à Marseille, 25 rue Coutellerie.

C’est alors que le vice-roi d’Égypte, Méhemet Ali, désireux de réorganiser le service de santé civil et militaire de l’Égypte, va engager à ce titre le docteur Clot qui accepte le poste sous réserve d’être à la fois médecin et chirurgien en chef de l’armée ainsi que de garder sa religion catholique. Clot, avec une équipe d’une vingtaine de jeunes médecins recrutés par lui, s’engage pour un contrat de cinq ans.
Ils embarquent en janvier 1825 sur le Brick, « la Bonne Emilie ».
A son arrivée en Égypte, il découvre un système médical archaïque qui fait face à des conditions médicales et sociales précaires avec de fréquentes épidémies de peste, de choléra, de variole et de dysenterie.

Dans son entreprise de réorganisation totale du système sanitaire, Antoine Clot obtient l’appui sans faille du vice-roi Méhemet Ali. Il devient le médecin et chirurgien personnel de Méhemet Ali.

L’originalité de la conception de Clot est de former un seul type d’officiers de santé pour pouvoir les intégrer au service militaire suivant les besoins en temps de guerre ou en temps de paix. Il réorganise les hôpitaux déjà en place et installe un hôpital civil dans chaque chef-lieu de province.

Avec l’aide du vice-roi il fonde en 1827 une école de médecine localisée à l’hôpital d’Abou-Zabel dont il devient le directeur. Son organisation est calquée sur celle des écoles européennes.

En 1828, il crée une école de pharmacie qui rejoint l’école de médecine dans un enseignement commun aux deux écoles.

En 1831, pour sa conduite exemplaire, lors d’une épidémie de choléra, le vice-roi lui confère le grade de Bey (colonel). Antoine Clot prend alors le nom d’Antoine Clot-Bey.

En 1832, il crée une école de sages-femmes, la première école créée en Orient ainsi qu’un petit hôpital réservé aux femmes. Il est nommé président du Conseil de Santé et Inspecteur général du service médical

En 1837, Clot Bey crée un hôpital d’aliénés.
Dans sa lutte contre les épidémies, il va généraliser la vaccination antivariolique à toute l’armée, puis à l’ensemble de la population.
Son combat contre la peste va également occuper une place importante lors des épidémies et lui vaudra le grade de général de brigade en 1839.

Dans le même registre Antoine Clot Bey organise le système médico-hygiénique dans les provinces, « dans le but de détruire toutes les causes possibles d’insalubrité capables d’engendrer certaines maladies ou de favoriser leur développement. »

Par l’ampleur de ses actions Clot Bey devient un personnage très important en Égypte et recevra de nombreuses décorations. Il est élu membre correspondant de nombreuses académies et sociétés savantes et sera même nommé, par le pape pie IX, Comte du Saint empire Romain avec comme devise « inter infideles fidelis », fidèle parmi les infidèles.
Clot Bey a pu donc réorganiser en quelques années tout le système de santé civil et militaire en Égypte, pays musulman tout en restant fidèle à sa religion catholique.

En 1849, le vice-roi Méhemet Ali, son protecteur, doit abdiquer pour raison de maladie et meurt. Son petit-fils Abbas Pacha, qui lui succède, souhaite se débarrasser de tous les Français et va laisser péricliter l’œuvre de son grand-père. Clot Bey est contraint de rentrer à Marseille et de prendre une retraite forcée.

En 1854, Abbas Pacha, qui avait obtenu le départ de Clot Bey, meurt. Son neveu, Said Pacha, lui succède et demande à Clot Bey de revenir en Égypte. Clot Bey va de nouveau réorganiser le service médical civil et militaire en conservant les bases essentielles mises en place lors de son premier séjour et en adaptant l’organisation à l’évolution du pays de l’époque.

Miné par le climat et malade Clot Bey quitte définitivement l’Égypte en 1858.

Il est élu membre de l’académie de Marseille en 1860, commandeur de la légion d’honneur en 1851. Il fait réaliser son portrait, actuellement propriété de l’académie des Arts, Sciences et Belles lettres de Marseille en grand uniforme de Bey, couvert de ses nombreuses décorations.

Frappé de plusieurs attaques cérébrales Antoine Clot Bey décède le 20 août 1868 à l’âge de 75 ans dans sa bastide de Sainte Marthe, traverse de la Calade. Il est enterré au cimetière Saint Pierre à Marseille.

Clot Bey avait ramené d’Égypte une riche collection d’antiquités égyptiennes, stèles et statuettes funéraires dont il fait don au Château Borely où elles étaient exposées. En 1989, ces collections sont transférées à la Vieille Charité.


Archives des précédents articles

Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles.


a

© Association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille
Dernière mise à jour : 11 octobre 2017