logo aapmm
logo aapmm
Vous êtes ici : Article du mois | Recherche sur le site

article
Pensez à actualiser la page pour voir les nouveautés (touche F5)

Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives

L'hôpital Michel Lévy à Marseille,
par le Docteur Bernard Consentino

L’hôpital Michel Lévy a été construit au milieu du XIXe siècle (1848) pour les militaires et cette destination perdura jusqu’en 1966.

Depuis toujours les soldats malades ou blessés étaient soignés dans les hôpitaux civils, principalement à l’Hôtel-Dieu où certaines salles leur étaient réservées et ils bénéficiaient du service des médecins militaires. En temps de guerre, le manque de lits rendait cette situation ingérable.

De 1818 à1848, notamment à l’époque de la conquête d’Algérie, pour soulager l’Hôtel-Dieu surchargé, l’armée utilisa le Lazaret de la Tourette à Arenc. Normalement réservé à la quarantaine des voyageurs arrivés par voie maritime, il permit l’hospitalisation des militaires rapatriés. L’armée disposait dans l’enclos neuf du Lazaret de 25 lits d’officiers et de 405 lits pour les hommes de troupe. Ainsi la construction d’un hôpital militaire s’imposait comme une nécessité.
L’opération fut rapidement menée à l’initiative du maréchal Soult, ministre de la guerre et Président du Conseil de Louis Philippe.

Au début de 1841 une commission, désignée par Paris, choisit comme emplacement une propriété dite des « Amandiers » appartenant à Madame Perrin, s’étendant tout au long du chemin de Lodi, à partir de l’actuelle rue des Bergers. L’acquisition fut réalisée par acte notarié le 18 octobre 1841. L’armée obtenait un terrain en forme de trapèze irrégulier de 13 111m2 pour la somme de 78 669,30 frs. Cet espace ne suffisant pas, l’armée acheta par la suite quatre autres parcelles situées surtout au sud dans la propriété Fabry jusqu'à l’actuelle rue Pierre Laurent, pour une superficie totale de 19 000 m2.

La construction du bâtiment, commencée en 1843 par le Génie militaire, s’achève en septembre 1848.
L’hôpital occupait 8 840 m2 dont 4 144 pour la cour centrale et accueillit les premiers malades à la fin août 1848, et dès ce moment les entrées militaires cessèrent aux hospices de l’Hôtel-Dieu et du Lazaret. Initialement sa capacité totale était de 500 lits, elle s’avéra très vite insuffisante dès la première année suite à une épidémie de choléra.

Cour centrale

En 1855, pendant la guerre de Crimée, les capacités d’accueil sont de nouveau dépassées et le ministre du commerce met à la disposition de l’armée une partie du Lazaret du Frioul, y compris deux pavillons de l’hôpital Ratonneau (ancien hôpital Caroline). L’occupation du Lazaret par les militaires se terminera en septembre 1856.
Pendant cette période 308 navires en provenance de Crimée débarqueront sur les îles 33 504 marins, 124 205 militaires et 5 091 passagers civils. Dans le même temps, pendant l’année 1855 l’hôpital militaire avait accueilli 11 889 entrants. L’engorgement le menace et nécessite la création de nombreux hôpitaux annexes (hôpital de la Corderie, réservé aux fiévreux et aux vénériens, hôpital Caroline aux îles du Frioul).

Au cours de la guerre de 70, entre novembre 1870 et mai 1871, bien que l’hôpital reçut près de 20 000 militaires, il fallut construire des baraquements provisoires au quartier Saint Charles pour assurer le triage des blessés.
En 1905, lorsqu’est créé au Pharo l’École d’application du service de santé des troupes coloniales, l’hôpital militaire devient hôpital d’instruction de l’École. Il devient hôpital Michel Lévy par décret du 29 octobre 1913 à la veille de la grande guerre, du nom du médecin inspecteur des armées, membre du Conseil de santé (1809-1872) qui fut à l’origine de l’autonomie de la médecine militaire et d’une réorganisation totale du système de formation des officiers de santé. L’hôpital conserve la spécificité de traiter les blessés les plus graves.

Pendant la première guerre mondiale, outre les blessés du front de France, Marseille reçut également ceux des expéditions des Dardanelles et de Salonique. La capacité de l’hôpital fut portée à 1 100 lits. Cela s’avérait insuffisant et les hôpitaux complémentaires portèrent l’accueil à 3 500 lits .L’autorité militaire installa en 1914, sur un terrain mis à disposition par les hospices civils au quartier de la Rose, des baraques préfabriquées Adrian afin d’isoler les contagieux ; ces bâtiments devaient devenir l’hôpital Labadie, rattaché à l’hôpital Michel Lévy en 1925 tout en gardant sa spécificité, un service de tuberculeux, un de vénériens et un de fièvres éruptives. Cet hôpital qui aurait dû fermer ses portes en 1921 poursuivit sa carrière jusqu’en 1959, date à laquelle il fut rasé pour la construction du futur hôpital Laveran.

En 1909, devant l’afflux des blessés, victimes de la guerre du Maroc, les services cliniques de l’hôpital militaire Michel Lévy sont « cédés » aux troupes coloniales. Les nouveaux agrégés, spécialistes et assistants de ce Corps de santé en assurent la direction et le fonctionnement en même temps que la formation pratique et clinique des nouvelles promotions de médecins coloniaux. A la fin de la guerre d’Algérie, la perte de l’empire colonial français prive l’hôpital Michel Lévy de sa clientèle tropicale et de sa spécificité acquise depuis sa fondation.
Sur le plan architectural, la forme initiale du vieil hôpital comportait un portail d’entrée situé rue de Lodi et flanqué de deux petits bâtiments à trois arcades servant de corps de garde et conciergerie. L’entrée proprement dite, un porche orné du buste de Michel Lévy, s’ouvrait au centre de la façade qui ne comportait à l’origine qu’un seul étage. Après la guerre, deux niveaux furent ajoutés. Les trois autres côtés ont toujours possédé les trois étages sous combles. La vaste cour intérieure (56m x 74m) ombragée de beaux platanes présentait au centre une petite fontaine.

Ce quadrilatère était bordé par une galerie à arcades. Deux grands escaliers s’élevaient au milieu des bâtiments latéraux. Les salles possédaient de larges ouvertures sur la cour et des fenêtres à grilles sur les façades extérieures. Les quatre côtés de la construction étaient désignés par des lettres dans le sans inverse des aiguilles d’une montre, A sur la rue de Lodi, B sur la rue de Village, C au fond et D sur la rue Pierre Laurent.
En 1963 il est fermé et le nouvel Hôpital d’Instruction des Armées Alphonse Laveran assure la continuité en matière de traitement des affections tropicales.

En 1965 l’hôpital Michel Lévy est acquis par la ville de Marseille et, à la suite d’accords conclus avec l’état et la ville de Marseille, il est mis à la disposition de l’Assistance Publique pour lui permettre d’y transférer divers services de l’hôpital de la Timone dont les locaux étaient voués à la démolition.

Il abrita également de manière provisoire des services que l’on rénovait à la Conception et à la Calade. Cette situation dura jusqu’en 1987.
Une partie toutefois a gardé une destination militaire pour les consultations.
Après d’importants travaux d’aménagement et de transformation, réalisés en quelques mois, l’hôpital a été ouvert aux malades civils le 20 juin 1967.
Il comprenait, au 1er janvier 1972, 476 lits répartis dans les services de médecine générale, de rhumatologie, de neurologie, de dermato vénérologie, de maladies exotiques et de chirurgie générale. Par ailleurs la pharmacie, la radiologie et les laboratoires complétaient les services d’hospitalisation.

En 1986, compte tenu de la conception très ancienne et non adaptée aux besoins actuels de l’hôpital et au fait que beaucoup moins de lits d’hospitalisation sont nécessaires, l’assistance publique et son directeur général décident les transferts des services de chirurgie en direction de l’Hôtel-Dieu, de dermatologie vers la Timone et de médecine interne en direction de Salvator.

Pressenti un moment pour regrouper les services administratifs de la ville de Marseille, l’hôpital a finalement été mis en vente en 1987. Au mois de décembre de cette année selon le principe des enchères à la bougie l’hôpital est vendu à des promoteurs, en vue d’y construire un ensemble immobilier. La clause restrictive était la conservation de l’îlot central avec la fontaine et les platanes centenaires au nombre de quinze. Toutefois le bâtiment ne sera détruit qu’en 1990 : jusque là la maternité de la Conception y était logée, en attendant la rénovation des locaux de la Conception.

Ainsi l’hôpital Michel Lévy, ouvert en 1848 et d’abord simplement nommé hôpital militaire de Marseille, a accueilli les premiers malades civils en juin 1967 pour laisser place au début des années 90 à une vaste opération immobilière.

Malgré les contraintes en matière d’urbanisme et de protection du patrimoine, aucun vestige ni pan de mur ou arcade ne seront conservés. Même la création d’un collectif de défense du quartier Lodi ne permit pas en 2015 la conservation du square Michel Lévy, jadis dénommé le jardin des officiers autour duquel s’élevait l’hôpital Michel Lévy. Ainsi disparait une partie du patrimoine médical marseillais.

Archives des précédents articles

Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles.


a

© Association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille
Dernière mise à jour : 18 avril 2017