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Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives
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Ces médecins qui furent maires de Marseille, par le Professeur Georges François

Au fil des siècles, le recrutement des édiles de la ville a varié considérablement. Marseille a été dirigée par des podestats (administrateur étranger appointé pour un an par la commune), des viguiers nommés par les vicomtes de Provence, des consuls, des recteurs, des échevins. Il faudra attendre 1766 pour voir Louis XIV créer le premier poste de maire, alors réservé à la noblesse. Le titulaire en fût Balthazar Fouquet de Jarente.
Six médecins ont été maires de Marseille, dont trois pour des périodes très brèves et en général des périodes troublées.

Marius Joseph Victor Isoard (1839-1894)

Né le 15 décembre 1838 à Reillanne dans les Basses Alpes, il fait ses études de médecine à Marseille où il réussit le concours d’internat des hôpitaux en 1860. Il passe sa thèse à la faculté de Montpellier en 1865 sur « Le traitement conservateur dans les fractures compliquées des membres ». Installé à Marseille, il enseigne l’anatomie à l’école des Beaux Arts.
Républicain de conviction, il est élu maire de la ville en 1873. L’année suivante, du fait de son appartenance politique, il est révoqué par le gouvernement d’ordre public de Mac Mahon et De Broglie. Ce gouvernement légitimiste, d’extrême droite allait révoquer tous les fonctionnaires qui « pensaient mal » c'est-à-dire tous ceux qui appartenaient à la gauche républicaine. Il nomme à la place d’Isoard, Charles-Augustin Rabatau.
Isoard est député des Basses Alpes de 1889 à 1893 et meurt à Marseille l’année suivante.
Son fils, également médecin, installé à Marseille en1890, fût conseiller municipal de 1900 à 1902. Adjoint délégué à l’hygiène, il était administrateur des hôpitaux et hospices de la ville. Lui aussi fût député des Basses Alpes de 1903 à 1910.


Simeon Flaissières (1851-1931)

Né le 25 mars 1851 à Villeveyrac dans l’Hérault, c’est le fils d’un pasteur protestant. Il fait ses études secondaires au collège des pasteurs protestants de Mende et sa médecine à la faculté de Montpellier. Il vient alors s’installer à Marseille dans le quartier d’Endoume. Il acquiert rapidement auprès de la population du quartier une réputation d’homme charitable qui lui vaudra le nom de «médecin des pauvres».

Membre de la section française de l’Internationale Ouvrière, il est élu au conseil municipal et reste premier adjoint de 1887 à 1892. En 1892, il devient maire de la ville et le restera jusqu’en 1902. Au cours de ce premier mandat, il va s’appuyer sur les réseaux associatifs laïques, en particulier « les amis de l’instruction laïque », pour mettre en œuvre des mesures sociales : la création d’écoles maternelles, primaires et de collèges de formation professionnelle pour les garçons et les filles, la gratuité des cantines scolaires et des fournitures de classe.
Dans le domaine de l’urbanisme, il poursuit et réalise les projets initiés par ses prédécesseurs : la mise en place des lignes de tramways électriques, l’agrandissement de la zone portuaire et l’achèvement de la gare maritime, l’électrification générale de la ville, et la canalisation du service des eaux.
1895 est une année particulièrement agitée pour la mairie de Marseille. En janvier, à la suite de difficultés avec le préfet à propos du budget, Flaissières démissionne et il est remplacé par son premier adjoint, Casimir Antoine Carcassonne (voir plus loin). Deux mois plus tard, la municipalité est paralysée par des querelles internes et le préfet nomme une délégation spéciale présidée par Charles Livon (voir plus loin). En mai, nouvelles élections à l’occasion desquelles Flaissières retrouve son fauteuil de premier magistrat.
En 1902, suite à l’annulation par le conseil d’état de l’élection de plusieurs conseillers municipaux, Flaissières démissionne à nouveau, mais la liste socialiste est battue au profit de la liste conduite par Amable Chanot. Il n’abandonne pas la politique pour autant et il est élu sénateur en 1906. Au niveau national, il reste fidèle à ses idéaux , défendant le repos hebdomadaire et la retraite pour les ouvriers, la réduction du temps de travail dans les établissements industriels de l’Etat ainsi que l’abolition de la peine de mort.
En 1914, bien qu’âgé de 63 ans, il prend du service comme médecin major de 1ère classe au 112e régiment territorial d’infanterie. Il sera à ce titre décoré de la légion d’honneur en 1915.
En 1919, il entame un nouveau mandat de maire de la ville. On lui doit, entre autres, l’organisation de la deuxième exposition coloniale de 1922, la création en 1923 de l’aéroport de Marignane, la rénovation en 1925 de l’éclairage urbain et en 1929 l’escalier monumental de la gare Saint Charles. Par contre, on lui reprochera, au moment du génocide arménien, un courrier envoyé au préfet en 1923 demandant d’interdire l’entrée des ports français aux immigrés arméniens dont il parle en termes aujourd’hui très choquants. A sa décharge la ville venait déjà d’accueillir 3 000 d’entre eux.

Escalier de la gare Saint Charles

Plus grave est son alliance dès 1928 avec le député Simon Sabiani, qui, ayant quitté le parti communiste, finira plus tard dans les rangs du Parti Populaire Français (P.P.F.) le parti de Doriot. Sabiani avait pour amis et agents électoraux Paul Carbone et François Spirito, deux gangsters notoires dont les proches faisaient le coup de poing et à l’occasion le coup de revolver dans les périodes électorales. En échange, Sabiani distribuait des postes d’agents municipaux. A la mort de Flaissières, le 26 mars 1931, la ville est en proie à un clientélisme forcené. Sabiani, premier adjoint occupe un temps les fonctions de maire et va faire élire le docteur Ribot (voir plus loin).
Casimir Antoine Carcassonne (1841-1829)

Casimir Antoine Carcassonne est né à Arles le 20 avril 1841. On le retrouve en 1870 comme médecin des ambulances de l’Armée de la Loire. Il sera à ce titre fait chevalier de la légion d’honneur. En 1872, il est médecin du conservatoire de musique à Paris. Il va bientôt quitter la capitale pour des raisons de santé et venir s’installer à Marseille au 105 boulevard Longchamp. Conseiller municipal dès 1878, il est premier adjoint au moment de la démission de Flaissières en 1895 et décide de rester à son poste, se désolidarisant ainsi de la décision du maire. Il va donc assurer les fonctions de maire mais son mandat n’excèdera pas quelques semaines. En effet, face à de nouvelles dissensions au sein du conseil, le préfet va désigner, pour gérer la municipalité jusqu’aux prochaines élections, une délégation spéciale présidée par Charles Livon. Carcassonne n’occupera plus de fonctions municipales. Il est mort à Marseille le 28 août 1929.

Charles Livon (1850-1917)

Charles Livon est né le 15 mars 1850 à Marseille. Elève au lycée Thiers, il va commencer ses études de médecine à Marseille, mais les interrompt pour s’engager comme médecin sous aide major au moment de la guerre de 1870. Libéré en 1872, il passe sa thèse à Paris. Il revient dans sa ville natale en 1875 comme professeur adjoint à l’école de médecine et accède au rang de professeur titulaire de la chaire de physiologie en 1884. Il sera pendant seize ans directeur de cette école. Eminent praticien, il a présidé de longues années la commission administrative des hôpitaux. On lui doit la création de l’institut antirabique de Marseille (cf l’article "Marseille premier centre de vaccination antirabique après Paris" par le Professeur Yves Baille).

En mars 1895, face aux querelles internes du conseil municipal, il est désigné par le préfet pour présider la délégation spéciale municipale chargée d’assurer l’administration communale en attendant de nouvelles élections. Bien qu’il ne fût pas membre du conseil municipal, il occupera les fonctions de maire de mars à mai 1895. Charles Livon est décédé à l’Hôtel-Dieu de Marseille le 16 août 1917.

Georges Ribot (1875-1934)

Le docteur Georges Ribot est né le 16 mai 1875 à Beaucaire dans le Gard. Ancien directeur du service de santé de Saint Nazaire, il vient à Marseille pour occuper le même poste. Membre du parti socialiste, il est conseiller municipal en1931 lorsque Sabiani le fait élire maire de Marseille. Sabiani reste de fait le véritable patron de la municipalité.
La fin du mandat de Ribot est marquée par l’assassinat le 9 octobre 1934 de Barthou et d’Alexandre 1er de Yougoslavie. La presse accusera à tort Ribot d’avoir refusé les renforts nécessaires à la protection de ces hôtes de marque. Il quitte le pouvoir en mai 1935, remplacé par le député socialiste Henri Tasso. Il décède à Marseille le 18 novembre 1954.


Robert Vigouroux (1923-2017)

Fils d’un ingénieur, Robert Vigouroux est né à Paris le 21 mars 1923. Il va faire de brillantes études de médecine à la faculté de Marseille. Interne des hôpitaux en 1946, il s’oriente vers la neurochirurgie. Nommé neurochirurgien des hôpitaux en 1959 et professeur de clinique neurochirurgicale en 1979, il est reconnu par ses pairs aussi bien au plan national qu’international. Membre de nombre de sociétés de neurochirurgie et auteurs de nombreux articles scientifiques, il organise à Marseille des congrès internationaux.
Sur le plan politique, il adhère en 1964 à la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) et est élu en 1971 conseiller municipal. En 1986, Gaston Defferre meurt brutalement en cours de mandat et Robert Vigouroux est choisi par les réseaux parisiens du parti socialiste pour lui succéder. Prévu pour être un maire de transition, il se présente trois ans plus tard aux élections municipales contre l’avis des instances du parti, dont il sera exclu. Malgré cela, il remporte un véritable triomphe, remportant la victoire dans les huit secteurs de la ville. La même année il est élu sénateur. Il se lance alors dans de nombreux chantiers : le palais des sports, le Dôme, le prolongement du métro jusqu’à la Timone, le tunnel Prado-carénage et met en place le projet Euroméditerranée. On lui doit la création de « Marseille Espérance », instance qui réunit autour du maire les responsables religieux de la ville.
Il se voulait un maire de consensus, s’appuyant sur des techniciens et sur la société civile et souhaitant en finir avec le clientélisme. Il a pu pendant son mandat bénéficier de l’appui de l’Etat et développer à Marseille une politique culturelle.
En 1995, isolé sur le plan politique, il renoncera à se représenter et va se consacrer à l’écriture et à la peinture. Il est décédé à Venelles le 9 juillet 2017.


Le Dôme de Marseille

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Dernière mise à jour : 27 novembre 2018