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Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives
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Evariste Joseph Laurent Bertulus (1809-1881) par le Professeur Georges François

Né à Toulon le 9 août 1809, il est le fils de Jean Évariste Bertolusso dit Bertulus, âgé de 47 ans, peintre renommé pour ses marines et ses paysages à la gouache, et de Anne Thérèse Doumange, âgée de 24 ans. Petit-fils d’un sculpteur italien, Nicolas Marie Bertolusso, qui était venu s’installer à Toulon et avait francisé son nom en Bertulus.

bertulus acte de naissance

Fig. 1 – Acte de naissance

Entré à l’école de chirurgie de Toulon à l’âge de 18 ans, il est rapidement nommé chirurgien de troisième classe et sera promu chirurgien de deuxième classe en 1838.
De 1829 à 1848, il alterne les embarquements à bord de différents navires et le service à l’hôpital de Toulon. Il prend part à l’expédition de la prise d’Alger, de Bougie et aux combats de Mogador.
En 1838, il participe à l’expédition du Mexique. Au retour de cette expédition, il est confronté à une épidémie de fièvre jaune à bord du transport de troupe « la Caravane » dont il assure le service médical. Cent vingt trois marins sont touchés avec 33 morts. . Il est lui-même atteint et contraint de se faire remplacer pendant 10 jours par son second. Arrivé à Brest il reçoit la Légion d’honneur en récompense des services rendus pendant cette épidémie. Dans le rapport qu’il fait à l’autorité militaire, il insiste sur le caractère contagieux de la maladie.

tableau bertolusso dit bertulus

Fig. 2 –Tableau de Jean Évariste Bertolusso dit Bertulus (1763 – 1816)

Les faits rapportés par Bertulus sont mis en doute par un membre de l’Académie de médecine, le docteur Chervin, anticontagionniste convaincu. Bertulus conservera de cet incident avec le docteur Chervin une rancune tenace puisque plusieurs années après la mort de ce dernier il écrit « en me poursuivant avec acharnement pour mes seules opinions médicales, pour mes sympathies envers mes maîtres et cela au moment même où je venais de payer ma dette à l’humanité dans la plus grave des épidémies ; enfin en léguant à sa coterie le soin de me poursuivre après sa mort ,d’entraver ma carrière scientifique par des mesures inqualifiables, Chervin m’a placé en quelque sorte à la suite des glorieux membres de la commission française de Barcelone, qu’il honora sa vie durant d’une profonde antipathie et qui fut l’objet continuel de ses attaques. ». Il s’agit de la commission médicale envoyée par le gouvernement français en 1821 à Barcelone lors de l’épidémie de fièvre jaune.

Il faut rappeler que tout au long du XIXe siècle, la communauté médicale s’est divisée sur l’explication à donner à la prolifération de certaines maladies. Le débat était particulièrement marqué concernant la fièvre jaune et le choléra. En l’absence de connaissances des agents pathogènes (virus, bacilles) et de leur transmissibilité par contact physique direct ou indirect (eau, air, alimentation etc.), il s’agissait évidemment d’un débat sans fin.
De plus, la question de la contagiosité était étroitement liée à la politique sanitaire (obligation pour les navires de subir une quarantaine, dépenses importantes pour l’entretien des lazarets) et à ses conséquences sur le commerce maritime. Non seulement les lazarets revenaient cher en terme de fonctionnement mais les quarantaines entraînaient un surcoût pour les armateurs Ainsi, en 1831, les autorités russes se plaignaient du fait que les navires arrivant d’Odessa à Marseille était soumis à une quarantaine de 40 jours.

Le 17 janvier 1842, Bertulus épouse Julie Zulmé, née à Toulon le 23 janvier 1826. Certaines biographies affirment sans preuve qu’elle était la fille de Dorothée von Biron, duchesse de Dino, une princesse allemande célèbre pour sa beauté et son intelligence qui fut la compagne de Talleyrand. L’acte de naissance à la mairie de Toulon porte la mention « fille naturelle de parents inconnus » La naissance a été déclarée par le docteur Fleury, médecin de marine, qui a participé à l’accouchement. Ce médecin fut le premier tuteur de Julie, remplacé plus tard par Auguste Raynaud, commissaire de première classe de la marine nationale. Le mariage est enregistré à la mairie de Toulon, avec le consentement de la mère de Bertulus et celui du tuteur de Julie, laquelle est à l’époque âgée de quinze ans.

dorothée von biron

Fig. 3 –Dorothée Von Biron, duchesse de Dino

En 1843, il passe sa thèse de médecine à Montpellier sur le sujet « Observations et réflexions sur l’intoxication miasmatique considérée en général dans les divers états pathologiques qui en résultent et plus précisément dans la peste, le typhus et la fièvre jaune »

Il sert dans la marine jusqu’en 1845, puis démissionne et vient s’installer à Marseille. À propos de son installation, le docteur Louis Barthélémy qui lui a succédé à l’académie de Marseille déclare dans son discours de réception « grâce à une illustre amitié qui ne lui marchanda jamais sa protection, Bertulus ne connut pas les difficultés inhérentes au début d’une carrière » Malheureusement Barthélémy ne donne pas l’identité de l’illustre ami. Fort de cet appui, Bertulus obtient le poste de médecin du lycée et celui de l’administration de la marine.

En 1850, un conflit oppose le ministère et l’intendance de santé de Marseille, cette dernière exigeant le maintien des quarantaines. Devant le refus du ministère, les intendants démissionnent, l’intendance est supprimée et le ministère nomme un directeur de la santé pour la circonscription de Marseille.
Bertulus va prendre avec véhémence position pour les intendants. Il s’agit, dit-il, d’un évènement des plus funestes. Il évoque « les faiseurs qui tripotent en ce moment nos destinées sanitaires. ». A propos de cet épisode le docteur Barthélémy écrit « il (Bertulus) fut dénoncé à cause de ses écrits et de sa lettre à l’Académie de Paris, comme un agitateur, ennemi du gouvernement et faillit perdre son puissant protecteur ».

evariste joseph laurent bertulus

Fig. 4 –Evariste Joseph Laurent Bertulus

Devenu notable à Marseille, il est nommé professeur suppléant de pathologie interne à l’École de Médecine. Plus tard on créera pour lui une chaire d’Hygiène navale. Il est d’ailleurs l’auteur d’un intéressant ouvrage sur « l’hygiène navale dans ses rapports avec l’économie politique, commerciale et l’hygiène publique ». Il était membre du conseil d’hygiène publique des Bouches-du-Rhône.
Il rédige plusieurs biographies dont une autre pour rendre hommage au Chevalier Roze sous le titre « le grand pionnier laïque de1720 ou le Chevalier Nicolas Roze, commandeur de l’ordre hospitalier de Saint-Lazare et les horreurs de la peste, légende du XVIIIe siècle, dédiée au peuple marseillais> » (Bibliothèque patrimoniale Odyssée – AMU)

Élu le 22 janvier 1874 à l’Académie de Marseille, son discours de réception porte comme titre « l’âme humaine et sa démonstration clinique ou médicale mise à la portée des gens du monde ».

Chrétien convaincu, il réfute les idées matérialistes parues dans la presse scientifique et écrit un mémoire destiné à prouver la supériorité de l’âme humaine sur la matière.

Au travers de ses écrits, qu’il s’agisse de questions sociétales ou scientifiques, Bertulus fait preuve d’un conservatisme absolu.

blason aadcémie de marseille

Fig. 5–Blason de l'Académie de Marseille

En matière de société, il condamne l’éducation déicide et matérialiste qui porte atteinte aux valeurs traditionnelles.
Il évoque la théophobie scientifique et médicale comme un mal pire que la peste. « Les médecins de l’école positiviste sont des athées convaincus et des matérialistes crasses ». Il s’en prend à Darwin, à Auguste Comte, à Claude Bernard.
Dans un article sur le phénoménalisme du collège de France, il écrit « la médecine hippocratique (…….) contre la fausse science, contre l’industrialisation médicale qui, après avoir envahi Paris, s’apprête à passer en province, à s’emparer de ses écoles et de ses hôpitaux, avec leur attirail de microscopes, de sphygmo graphes, de réactifs chimiques et de formules mathématiques ».
La médecine, dit-il, n’est pas une science, elle est un art. On naît médecin comme on naît poète.
Cette attitude a fait dire au docteur Barthélémy « il s’était un peu attardé et pendant son demi-sommeil scientifique, la nouvelle génération s’était appropriée les conquêtes modernes de la science »

Décédé à Marseille le 9 février 1881, le deuil a été conduit par son fils, Monsieur Bertulus, procureur de la république à Grasse.

En conclusion, le parcours de vie d’Evariste Bertulus apparaît comme scindé en deux parties fondamentalement différentes.
Jusqu’en 1842, c’est un chirurgien de marine qui partage son temps entre les embarquements sur des navires de guerre et une activité à l’hôpital de la marine à Toulon.

chapelle hôpital saint mandrier

Fig. 6 – Chapelle de l'ancien hôpital de Saint Mandrier

Cette année-là il épouse une jeune fille de 15 ans, née de parents inconnus mais dont la rumeur prétend qu’elle pourrait être la fille de Dorothée von Biron,
A partir de là, l’existence de Bertulus se transforme. Il passe sa thèse, démissionne de la marine, s’installe à Marseille en bénéficiant de l’appui d’un personnage important dont on ignore le nom. Il intègre l’élite médicale marseillaise et devient professeur à l’Ecole de médecine de Marseille.
Tout se passe comme si son mariage avec Julie Zulmé était l’élément déclenchant d’une nouvelle vie.

Sources


• Discours de réception à l’Académie de Marseille le 15 avril 1883 par le docteur L. Barthélémy. Barlatier –Feyssat Marseille 1883.
• Jean Evariste Bertulus - Parcours de vie dans la Royale. In : http://ecole.nav.traditions.free.fr/
• D. Jegaden - Travailler à bord des navires de la marine marchande. Société française de médecine maritime
• Nécrologie - Marseille médical 1881 p 114-118.

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Dernière mise à jour :24 août 2021