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Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives
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Edouard de Langlade par le Professeur Georges François

Buste d'Edouard Delanglade réalisé par son frère Charles
(actuellement au Conservatoire du Patrimoine Médical de Marseille)

Édouard Delanglade est né à Marseille le 2 octobre1868 dans une famille d’avocats. Fils de Jules Delanglade et d’Hélène Carrier, il fait ses premières études au lycée de Marseille, où il eut comme condisciple Edmond Rostand, puis au collège des jésuites. Il prépare à ce moment-là le baccalauréat ès lettres et songe un moment à faire l’École normale supérieure. C’est à cette époque que son père meurt à Lyon d’une fièvre typhoïde. Il va assister impuissant à son agonie. C’est alors qu’il décide de devenir médecin.
Il passe le baccalauréat ès sciences et fait ses deux premières années de médecine à l’École de Médecine de Marseille. Il y est nommé externe des hôpitaux en 1888.
Il choisit alors d’aller poursuivre ses études à Paris. Externe des hôpitaux de Paris en 1890, il est reçu à l’internat en 1892. Pendant son internat il va fréquenter les services les plus prestigieux : entre autres ceux de Lannelongue, de Lucas Championnière, de Broca ….. Il passe sa thèse sur « la luxation congénitale du fémur ».

De retour à Marseille il devient chef de clinique du professeur Villeneuve. Le 10 juin 1896 il épouse une amie d’enfance, Mademoiselle Marie Warrain, fille d’un armateur marseillais. Le 24 juin 1897, il est nommé professeur suppléant de pathologie et de clinique chirurgicale à l’école de médecine et en janvier 1900 chirurgien des hôpitaux.
Il manifeste un goût particulier pour la chirurgie infantile et devient chirurgien du dispensaire des enfants malades Gilbert Desvoisins. Il passera 14 ans à la tête de ce service.
En 1902 il est nommé professeur titulaire de pathologie externe et en 1905 obtient la chaire de clinique chirurgicale où il succède à son maître Villeneuve. Il enseignait avec passion aussi bien dans ses cours à l’amphithéâtre qu’au lit du malade.

Correspondant national de la Société de chirurgie, il fonde avec Gabriel Roux de Brignoles et Jean Escat la Société de chirurgie de Marseille.
Opérateur méticuleux, on lui prêtait une précision de diagnostic et une perfection dans le geste chirurgical. Profondément religieux, il se recueillait pour prier avant les interventions difficiles.

Au début de la guerre il est nommé chirurgien d’un hôpital à la Seyne-sur-Mer où il rencontre Paul Fiolle. L’un et l’autre veulent partir au front et multiplient les démarches auprès du bureau de la place à Toulon avant de voir leur demande acceptée. Paul Fiolle devait perdre la vie le 3 juillet 1916 à Villars- Bretonneux dans la Somme, tué par un tir de mitrailleuse au moment où il pansait un blessé.
De Langlade est finalement nommé au 58ème régiment d’artillerie de campagne, avec comme médecin auxiliaire un étudiant en médecine, Robert de Vernejoul. Ils vont rejoindre Montreuil et participer à la bataille de la Marne. Pendant trois jours, Édouard Delanglade soigne les blessés sur place sous les bombardement. Son groupe se déplace alors dans la région de Soissons et il continue à aller soigner les blessés au milieu des unités les plus avancés. Cela lui vaut une citation à l’ordre de l’armée le 5 novembre 1914 « A fait preuve depuis le début de la campagne, du plus grand dévouement, quels que fussent les difficultés ou le danger. Le 27 septembre n’a pas hésité à se porter jusqu’à la batterie sous un feu violent, pour soigner un canonnier grièvement blessé ».

Edouard Delanglade en tenue militaire

Dans les derniers jours du mois de septembre sa division quitte la région de Soissons pour se diriger vers Arras. Robert de Vernejoul témoigne : « les premières journées passées près d’Arras furent particulièrement pénibles. Dès que la nuit tombait, on faisait mouvement pour occuper de nouvelles positions, et M. Delanglade se reposait au milieu de ses hommes, couché le plus souvent au pied d’une meule de paille. »
Il est alors nommé médecin d’une ambulance de la 70e division. À partir de ce moment, comme chef d’ambulance divisionnaire, il va déployer une activité considérable. Pour approcher le plus possible les ambulances des lignes de feu, il crée des « postes chirurgicaux avancés » équipés du matériel nécessaire pour une première intervention.

En juin 1915 il est pour la deuxième fois cité à l’ordre de l’armée et reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneur avec le motif suivant : « étant affecté comme chirurgien d'un hôpital militaire à l’intérieur a demandé à partir sur le front. Opérateur d’une grande valeur, d’une grande modestie. A fait preuve depuis son arrivée à l’ambulance, d’un dévouement sans bornes, d’une grande activité, prodiguant ses soins, nuit et jour, aux nombreux blessés où il a pu être momentanément attaché. »

Pendant l’offensive franco-anglaise de 1916, dans la Somme, en utilisant les canaux nombreux dans le pays, il organise des péniches ambulances ; lui-même opérera à bord de ces blocs opératoires flottants.
En avril 1917 il est élevé au grade de chirurgien consultant d’une armée.

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1917, son fils Jules, étudiant en médecine qui s’était engagé comme infirmier est tué par une bombe d’avion à Vadelaincourt. Jules Delanglade a été, lui aussi, cité à l’ordre de l’armée dans les termes suivants : « Delanglade Jules, soldat à la 22e section d’infirmier militaire à l’ambulance chirurgicale automobile 23, possédant les plus belles qualités et n’écoutant que son dévouement, s’est porté immédiatement, et quoique n’étant pas de service, au secours des blessés bombardés. A été tué »

Jules Delanglade

Monument à la mémoire de Jules Delanglade
à Vadelaincourt

Edouard Delanglade fut profondément traumatisé par la mort de ce fils. Le professeur Jean Fiolle rapporte à ce propos : « la plus terrible des douleurs, les fatigues accumulées par les années de guerre et comme révélées d’un seul coup par le choc moral, avaient gravement frappé son corps. Tous ceux qui le voyaient lutter, haleter, souhaitaient qu’il s’accorda au moins quelque repos ».

Après la mort de son fils il est à la tête de l’ambulance de Chavanne-les-Grands en Alsace. À ce moment-là ses amis et sa famille le pressent de retourner à l’arrière. Son ami le Docteur Sergent, médecin de l’hôpital de la Charité à Paris lui écrit dans le même sens. Delanglade répond le 4 octobre 1917 : « j’ai bien réfléchi à tout, mon ami. Je crois que j’agis bien, comme Jules a bien agi en allant au secours des blessés sans rien regarder d’autre. Ceux qui m’aiment comprendront que le malheur qui me frappe est exceptionnel et il n’y a pas de raison pour qu’il se reproduise. S’il en était autrement, ce ne serait pas, n’est-ce pas, le cas de fuir devant lui ».

Le 24 novembre 1917, alors qu’il doit assister à Belfort à une réunion des chirurgiens, on lui apprend qu’une attaque se dessine dans le secteur dont il est chargé. Il rejoint aussitôt l’un des postes de secours avancé qu’il avait installé quelques jours auparavant à Gildwiller. Un obus de 77 tombe à côté de lui, lui fracture le fémur et laboure profondément les chairs. Il fait appeler le père Colin, aumônier de la compagnie et bien qu’il ait communié le matin même, lui réclame une dernière absolution. Transféré à l’ambulance de Bellemagny, il y est reçu par le professeur Duval et le docteur Jean Fiolle. Malgré l’état précaire du blessé, qui est en état de choc grave, on tente une intervention.
Le dimanche 25, il reçoit la troisième citation à l’ordre de l’armée ainsi que la rosette d’officier de la Légion d’honneur. Le texte de la troisième citation était le suivant : « chirurgien consultant d’un corps d’armée, d’une très grande compétence et d’une activité sans limite, maintenu sur le front sur sa demande, toujours préoccupé d’améliorer le sort des blessés, en rapprochant d’eux, le plus possible, les soins utiles, dédaignant le danger, a été très grièvement blessé dans un poste avancé, où il s’était rendu pour organiser et mettre en œuvre les services chirurgicaux très urgents. »

Ses dernières paroles furent « j’ai donné mon fils à la France, je viens maintenant de lui sacrifier ma vie, désormais je n’appartiens plus qu’à Dieu ».
Les obsèques furent célébrées, le mardi 27 novembre, en présence du général commandant le corps d’armée et du directeur du service de santé. L’inhumation eut lieu au cimetière du village, à 2 km de l’ambulance. Le cercueil fut acheminé, placé sur une prolonge d’artillerie, tirée par quatre chevaux et recouvert d’un drapeau tricolore sur lequel était posée la rose de la Légion d’honneur.


Le buste d’Édouard Delanglade a été réalisé par son frère, le sculpteur Charles Delanglade. A Marseille, il y en avait un exemplaire dans la grande salle d’accueil du Palais du Pharo et un autre exemplaire était au pied du grand escalier de l’hôpital de l'Hôtel-Dieu (actuellement cet exemplaire est au Conservatoire du patrimoine médical de Marseille).

Buste d'Edouard Delanglade dans le grand hall d'accueil de l'hôpital de l'Hôtel Dieu à Marseille

Charles Delanglade avait aussi fait frapper un bas-relief où champ de bataille et Hôtel-Dieu sont représentés côte à côte avec ces simples mots « Caritas Una ».

Une rue de Marseille, dans le 6e arrondissement, porte son nom.

Laissons conclure le professeur Jean Fiolle : « la rencontre de tous les dons composaient en lui le plus harmonieux chef-d’œuvre : fermeté de l’esprit, acuité de pénétration, subtilité, aptitude à comprendre et à saisir, beauté, souplesse, élégance de la parole, de l’attitude et des gestes, il avait tout reçu, tout jusqu’à cette indulgence supérieure qui hausse les hommes de grande lignée au-dessus des abandons, des lâchetés, des misères de ce monde. »

Médaille gravée en l'honneur d'Edouard Delanglade

Sources:
• H. Sivan - Edouard Delanglade. Brochure 63 pages. Imprimerie Barlatier . Marseille
• E.Weill - Nécrologie Edouard Delanglade. Marseille Médical décembre 1917. (945-951)
• J. Silhol - Leçon d’ouverture de la clinique chirurgicale. Marseille Médical avril 1919 ( 289-297)

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Dernière mise à jour :19 novembre 2021