logo aapmm
logo aapmm
Vous êtes ici : Article du mois | Recherche sur le site
 

article
Pensez à actualiser la page pour voir les nouveautés (touche F5)

Il s’agit d’un texte court portant sur un aspect de l’histoire de la santé à Marseille ou en Provence. Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles. Dans le but d'enrichir rapidement cette rubrique, d'autres articles y sont ajoutés directement. Archives
L'Association rappelle que les opinions émises dans les articles engagent la seule responsabilité des auteurs.

Hippolyte Mireur par le Professeur Georges François

Hippolyte Mireur est né le 16 mars 1841 à Fayence dans le Var. Sa famille appartient à la vieille bourgeoisie provençale. Son père était un important propriétaire terrien. Son grand-oncle, François Mireur, jeune médecin, entonna pour la première fois le chant de guerre pour l’armée du Rhin, composé par Rouget de l’Isle. C’était le 22 juin 1792, lors d’un banquet donné en son honneur au club des Jacobins, rue Thubaneau à Marseille.

François Mireur
Fig. 1 – François Mireur
Fig. 2 – Plaque sur la maison natale de François Mireur

Adopté par les volontaires marseillais, ce chant deviendra la Marseillaise. Quant à François Mireur, devenu général de brigade, il sera tué en Égypte le 9 juillet 1798. Une place dans le premier arrondissement de Marseille porte son nom.

Après des études secondaires chez les Jésuites à Avignon, Hippolyte Mireur poursuit ses études médicales à Paris, et se spécialise aussitôt, chose rare à l’époque, dans les maladies vénériennes. En 1867 il soutient sa thèse sur « Essai sur l’hérédité de la syphilis ».
L’année suivante, il s’installe à Marseille dans un bel immeuble de type haussmannien au 1 rue Impériale (actuelle rue de la République). La rue Impériale a été inaugurée en 1864 en présence de Napoléon III, après un énorme chantier qui a duré deux ans, a mobilisé 2500 ouvriers et au cours duquel il a fallu détruire plus de 900 maisons. (fig. 3 et 4)

rue impériale

Fig. 3 – Ouverture de la rue Impériale (actuelle rue de la République)

rue impériale

Fig. 4 – La rue Impériale

A Marseille, Mireur va faire ce que l’on appelle un « beau mariage » en épousant Julie Montet, fille d’un richissime homme d’affaire. Par ailleurs, il acquiert rapidement une belle clientèle.
En 1870, il est mobilisé comme major de la troisième région dans le service des varioleux au camp des Alpilles puis au fort de Sainte-Foy.

L’homme public

Républicain convaincu, il est élu au conseil municipal dès 1877. Il s’occupe en particulier du service des mœurs, de l’hygiène et de l’État civil. Il sera particulièrement actif sous le mandat de maire de Félix Baret, de 1887 à 1892.

hippolyte mireur
félix baret
Fig. 5 – Hippolyte Mireur
Fig. 6 – Félix Baret

C’est à cette époque que se décidèrent les travaux d’assainissement et d’importantes mesures en matière d’hygiène à Marseille. Le résultat le plus marquant fut la mise en chantier du grand collecteur des eaux usées dont les travaux démarrèrent en 1892. Au sein du conseil municipal, Mireur est à l’origine de nombreux projets comme celui d’une canalisation spéciale pour l’adduction et la distribution des eaux d’alimentation dans la ville.
A son arrivée à Marseille en 1868, Hippolyte Mireur s’est rapidement intégré à la communauté médicale de la ville. Il entre aussitôt à la société médicale du département des Bouches-du-Rhône et participe à la fondation de la revue Marseille médical.
Sa délégation municipale à la tête du service des mœurs va lui permettre d’organiser et de participer activement à la surveillance médicale des prostituées.

dictionnaire des ventes d'art

Fig. 7 - Le service de Consultations prophylactiques

Il tirera de cette expérience deux ouvrages importants :

  • d’une part « La syphilis et la prostitution dans leurs rapports avec l’hygiène, la morale et la loi »,
  • d’autre part « La prostitution à Marseille. Histoire, administration et police, hygiène ».

la syphilis et la prostitution<

Fig. 8

Médecin des assurances, il rédigea également un traité pratique intitulé « La syphilis et les assurances sur la vie. Étude médicolégale » publié en 1882.

Après l’épidémie de choléra de 1884, pendant laquelle il était attaché au bureau des secours du quartier de l’hôtel de ville, il publie chez Masson, libraire à Paris et éditeur de l’Académie de Médecine, un ouvrage intitulé « Etude historique et pratique sur la prophylaxie et le traitement du choléra, basée sur les observations fournies pendant l’épidémie de Marseille »
Cette publication, remarquable de rigueur et d’originalité, fait le point des connaissances de l’époque sur la maladie et sur les mesures pratiques propres à la combattre. Elle recevra en 1885 une mention honorable de l’Académie de médecine ainsi que le prix Vernois décerné au meilleur ouvrage sur l’hygiène.

Responsable au sein de la municipalité du bureau de l’État civil, Mireur a produit un certain nombre d’études démographiques. Ainsi, un travail sur les mouvements comparés de la population à Marseille, en France et en Europe dans lequel il met en lumière le rôle positif joué par l’immigration dans le maintien de la population active de la ville ; une étude de la mortalité infantile et une statistique sur cinq ans des morts violentes (suicides, accidents, meurtres) dans la cité. Ces travaux obtinrent en 1889 le prix Bertillon de la société d’anthropologie.
Tout naturellement, ces études le conduisent à aborder certains aspects de pathologie sociale. Insistant sur la mortalité très élevée dans certains quartiers de la ville, il met en avant le rôle de la paupérisation. Il écrit « qu’on ne s’arrête plus, comme on l’a fait trop longtemps, aux difficultés financières. Nul n’a plus le droit d’ignorer aujourd’hui que le premier capital à conserver est le capital humain. »
À la même époque, il propose une réforme de l’État civil afin que tous les actes importants pour un individu (mariage, divorce, décès) soient émargés à l’acte de naissance. Cette réforme, non retenue à l’époque, interviendra plus tard en 1884, avec l’obligation pour les mairies de prendre sur leur budget la délivrance des livrets de famille.


L’amateur d’art

Élu en 1892 à l’Académie des Sciences, Lettres et Beaux-arts de Marseille, Mireur était amateur d’art en général et surtout de peinture. Au fil des années, il avait acquis une importante collection de tableaux. En 1900, il fait le projet de rédiger un «Dictionnaire des ventes d’art faites en France et à l’étranger pendant le XVIIIe et le XIXe siècle : tableaux, dessins, estampes, aquarelles, miniatures, pastels, gouaches, sépias, fusains, émaux, éventails peints et vitraux ».

Pour mener à bien cette entreprise gigantesque, il cède pratiquement la totalité de sa collection lors d’une vente à l’hôtel Drouot. Il y a là des tableaux anciens mais aussi des modernes comme Sisley, Courbet et 88 toiles signées de Monticelli.
La vente rapporte 108 000 Fr. ce qui correspond à près de 5 millions d’euros de 2019.

Mireur mettra douze ans, entre 1901et 1912, pour publier les sept volumes de sa collection. Il rémunèrera deux à trois collaborateurs pour collecter les données relatives au marché de l’art.

Dans le même ordre d’idées, grâce à son aisance financière, il avait eu auparavant un secrétaire pour l’aider dans la rédaction de ses publications scientifiques.

Ce dictionnaire qui a eu plusieurs rééditions passera à la postérité sous le nom de son auteur. Il apportait des informations non seulement sur les transactions, permettant de tracer les détenteurs des œuvres mais aussi sur les tendances du marché et d’une certaine façon sur l’évolution des coûts en matière d’art pictural. Il a longtemps servi de référence aux experts et aux historiens de l’art pour la période comprise entre 1700 et 1900.

Fig. 9

Amateur de théâtre, Mireur a traduit et adapté en vers français trois pièces de Sophocle : Œdipe roi, Œdipe à Colone et Antigone.

Au-delà des nombreuses distinctions reçues pour ses œuvres, Hippolyte Mireur, chevalier de la Légion d’honneur, administrateur des hôpitaux, fut nommé par décret du président de la république membre du conseil supérieur de l’Assistance Publique.
Figure marquante et originale de son époque Mireur a su mettre ses qualités d’hygiéniste et de syphiligraphe au service de la communauté. Il fait également figure de précurseur dans l’étude des liens étroits entre l’urbanisme et l’état de santé de la population.
Il est mort à Marseille le 13 février 1914.


Sources

• Hippolyte Mireur. Discours de réception d’Henry Alezais à l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille. Marseille médical. 1920 pp 888-901.
• Hippolyte Mireur. Wikipedia
• Hippolyte Mireur INHA (Institut national d'histoire de l'art) : dictionnaire critique des historiens de l'art

Archives des précédents articles

Vous trouverez en archives, au format pdf à télécharger, les anciens articles.


a

© Association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille
Dernière mise à jour :7 mars 2021