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Jean-André Peyssonnel, médecin-naturaliste marseillais au siècle des lumières par le Professeur Robert Aquaron

Jean-André Peyssonnel doit l’essentiel de sa notoriété à ses travaux sur le corail.
Il naît le 19 juin 1694 à Marseille dans le quartier des Accoules. Il effectue ses études au collège des Oratoriens. Ce collège, fréquenté par les familles les plus distinguées de Marseille a formé des générations d’érudits. Jean-André Peyssonnel s’intéresse très vite à l’histoire des sciences naturelles, à la botanique et aux voyages. Il fait partie d’une longue lignée de médecins. Il est l’arrière-petit-fils de Balthazar, docteur de l’Université d’Avignon en 1594 et médecin à Brignoles et petit-fils de Jean, docteur de l’Université d’Aix en 1632 et médecin à Brignoles puis à Marseille et à Alep en Syrie. Son père Charles, est docteur en Médecine de l’Université d’Aix en 1667. Il s’installe à Marseille où il est nommé médecin ordinaire de l’Hôtel-Dieu.

Son éducation et ses liens de parrainage vont permettre à Jean-André en 1711, à l’âge de 16 ans, de voyager vers les Indes orientales, visiter les Antilles, les bouches du Mississipi et plus tard l’Egypte.
En 1718, Il s’inscrit à la Faculté d’Aix-en-Provence pour passer son baccalauréat puis sa licence en médecine sous la présidence de son père
En 1720, lors de l’épidémie de peste à Marseille, son père Charles, qui a alors 80 ans, s’enferme à l’Hôtel-Dieu avec quelques médecins et l’un des recteurs, Bruno Granier pour soigner les malades alors que d’autres fuient la ville malgré la menace d’exclusion du collège des médecins. Bruno Garnier et Charles Peyssonnel meurent à leur poste en octobre 1720, ainsi que presque tous les employés de l’hôpital. Jean-André, installé comme médecin se dévoue lui aussi auprès des malades atteints de la peste, ce qui lui vaudra une rente annuelle du roi Louis XV.

Pendant cette épidémie, son frère cadet (1700-1757), avocat à Aix-en-Provence, prénommé Charles comme leur père, et lui font partie d’un groupe de savants, de médecins et de lettrés qui vont se réunir dans une bastide des environs de Marseille pour y débattre de sciences et de littérature.
C’est là que naît l’idée de fonder une académie. Mais il faudra attendre 1726 pour que « l’Académie des Belles-Lettres de Marseille » voit le jour, les littéraires l’ayant emporté sur les scientifiques. La plupart des participants aux réunions de 1720 dont Jean-André et son frère, en sont membres fondateurs. Ils seront respectivement les premiers titulaires des fauteuils N°13 et N°14. L’Académie reçoit ses lettres patentes du Duc de Villard, Maréchal de France, gouverneur de la Provence représentant le roi Louis XV et est affiliée à l’Académie Française au cours d’une séance solennelle présidée par le secrétaire général Fontenelle, le 19 septembre de la même année.
Il faudra attendre 1766 pour que l’Académie s’ouvre aux sciences mais aussi au commerce et aux arts et devienne « l’Académie des Belles Lettres, Sciences et Arts de Marseille », rendant en partie hommage aux idées et à l’activité scientifique de Jean-André Peyssonnel. Malheureusement il participa peu à l’activité de l’Académie en raison de sa nomination en 1727 comme médecin-botaniste réal à la Guadeloupe. Il devient alors « membre vétéran » car les membres actifs doivent demeurer à Marseille ou dans la région. Cet éloignement subit nuira à ses relations avec les Académiciens.

En 1722, Jean-André Peyssonnel avec son frère, avocat à Aix publient, en hommage à leur père, un traité intitulé « La Contagion de la Peste et les moyens de s’en préserver ».

En 1723, il est nommé correspondant d’Etienne-Antoine Geoffroy de l’Académie royale des Sciences qui le charge d’une mission scientifique en Barbarie, c’est à dire les pays dont les côtes s’étendent du Maroc à celles de la Tripolitaine actuelle Lybie et l’année suivante il s’embarque à Marseille pour la Tunisie.
Il visite de nombreuses régions, villes et villages comme La Calle, Hippone, Annaba. Il en profite pour herboriser et envoie des plantes et des graines au jardin du Roi. Il est étonné de découvrir de magnifiques jujubiers. Il étudie aussi la flore marine, les éponges et les coraux de la côte tripolitaine. Il s‘intéresse également au mode de vie des populations locales et son rapport peut être considéré comme la première étude ethnologique d’Afrique du Nord.

A son retour en France en 1726 Il adresse les rapports de ses observations botaniques et géographiques à l’Abbé Bignon, directeur de l’Académie des Sciences ainsi qu’à son nouveau correspondant, Antoine de Jussieu. Il écrit avec Desfontaines, un médecin botaniste du Musée d’Histoire Naturelle de Paris, un livre sur « Voyages dans les régences de Tunis et d’Alger » qui ne sera publié qu’en 1835 par M. Dureau de la Malle (Fig. 1).

Fig. 1 - Voyages dans les régences de Tunis et d’Alger

Par ailleurs, un manuscrit retrouvé par Auguste Rampal à la Bibliothèque d’Avignon en 1838 dans les archives de la famille de Jussieu, sera publié en 1908 sous le titre « Une relation inédite du voyage en Barbarie du médecin naturaliste Marseillais Peyssonnel ».

Entre 1723 et 1725, Peyssonnel travaille sur le sujet qui va assurer sa notoriété : l’origine végétale ou animale du corail.
En 1706, le comte Luigi Ferdinando Marsigli(1658-1730), militaire et naturaliste italien de l’Institut de Bologne vient à Marseille pour étudier les phénomènes physiques de la mer et le corail. Il constate que des rameaux de corail placés dans des récipients pleins d’eau de mer présentent des fleurs blanches à huit pétales. Il en conclue que c’est un végétal et il publie ces résultats en 1725 à Amsterdam dans « l’histoire physique de la mer ».

Peyssonnel renouvelle les expériences de Marsigli avec des pêcheurs de Marseille et de la Calle en Barbarie et acquiert la conviction que les fleurs sont bien animales et font partie de l’écorce friable du corail. Ces huit fleurs blanches sont en fait des tentacules bipennés émanant des polypes d'où le classement du corail dans les octocoralliaires (Fig. 2).

corail

Fig. 2 - Corail

Sa découverte est reçue avec beaucoup de scepticisme par la communauté scientifique française et le grand savant Réaumur met son veto à sa diffusion par l’Académie des Sciences. Peyssonnel publie alors ses résultats à l’Académie royale de Londres et leur justesse ne sera reconnue qu’en 1740. Ainsi Buffon dans son histoire naturelle indique bien que « Peyssonnel avait observé et reconnu le premier que les coraux devaient leur origine à des animaux ».

En 1726, il publie un mémoire sur « les courants de la mer Méditerranée » que la chambre de commerce de Marseille fait imprimer en 600 exemplaires. Ses relevés permirent au géographe de l’Isle d’apporter plusieurs modifications à la carte de la Barbarie.

En 1727, il obtient le poste de médecin-botaniste réal en Guadeloupe (Fig. 3). Après avoir reçu le titre d’Ecuyer, il s’installe à Basse-Terre où il est reçu par Charles Mesnier, un conseiller royal et commissaire naval, qui l’initie à la vie locale administrative, médicale et scientifique.

carte de la guadeloupe

Fig. 3 - Carte de la Guadeloupe

Peu après son arrivée en 1727, il épouse une jeune femme créole française, Rose Antoinette Perree, qui lui donnera cinq enfants dont deux garçons : le premier dénommé André Charles meurt adolescent à Paris en 1743 où il suivait ses études, le second Sauveur Germain portera le titre de « Sauveur Germain de Peyssonnel Ecuyer, sieur de Guillan » et restera en Guadeloupe. Il aura cinq enfants dont un seul garçon René André né en 1763 qui assurera la filiation Peyssonnel. Sauveur Germain rentrera en France entre 1794 et 1802.

Très vite, Jean-André Peyssonnel est mandaté pour faire un rapport sur un sujet qu’il connait peu : les cas suspects de lèpre sur l’île. Cette maladie étant peu connue en France, il va prendre l’avis de chirurgiens locaux dont l’un, Laurent Lemoine, a pratiqué la médecine dans les îles pendant plus de 40 ans avant de conclure dans son rapport que le mal « est contagieux et héréditaire, cependant cette contagion n’est pas du caractère ni de la vivacité de la peste, de la petite vérole des dartres, de la galle et autres maladies cutanées, car si cela était, les colonies de l’Amérique seraient absolument et entièrement perdues » ; Ce rapport était important car la lèpre diagnostiquée était particulièrement fréquente, environ 42%, chez les esclaves noirs et pouvait déboucher sur une diminution de l’importation des esclaves originaires principalement d’Afrique de l’Ouest.
Le rapport, approuvé également par Jacques Julien Carrel, médecin du roi en poste à la Martinique fut envoyé à Paris et déboucha sur la décision d’implanter, en 1728, une léproserie sur l’île déserte de la Désirade (Fig. 3)

En 1734 il écrit un article sur ce sujet « Traité de la lèpre et de la maladie qui règne dans la grande-terre de la Guadeloupe ».

En 1748 on lui demande de faire une seconde visite aux lépreux de la Désirade, soit 20 ans après la première, en compagnie d’un autre médecin du roi arrivé récemment, M de Dumonville, pour fournir des nouvelles sur leurs progrès et des recommandations pour le futur. Peyssonnel exprime sa détresse sur la façon dont on s’occupe d’eux, particulièrement les difficultés sociales

En 1735, la famille déménage dans la partie septentrionale de Grande-Terre, l’Ance Bertrand, près de Port-Louis (Fig. 3 et 4)

ance bertrand

Fig. 4 – Ance Bertrand


La Guadeloupe, à l’époque, compte un grand nombre d’esclaves, du fait en particulier de l’extension de la culture de la canne à sucre. Peyssonnel en possédait certainement un certain nombre pour s’occuper des tâches ménagères. Ce contact lui inspira un long traité qu’il envoya à l’Académie de Marseille avec comme titre « Dissertation Physique et Théologique. Scavoir si tous les hommes connus sont du même genre, tous différentes espèces et s’ils peuvent estre tous admis au mistères de la Religion » (Fig. 5).

dissertation peyssonnel

Fig. 5 - "Dissertation Physique et Théologique. Scavoir si tous les hommes connus sont du même genre, tous différentes espèces et s’ils peuvent estre tous admis au mistères de la Religion"

En 1756, lors d’un voyage à Paris, il est invité à donner une conférence à l’Académie royale. Ce séjour lui permet aussi de s’assurer qu’il possède bien une copie des titres de noblesse de sa famille, d’abord demandée par son frère Charles et qui leur avait été attribués par un arrêté du 16 juin 1743.
En 1757, il écrit une annonce de décès et un hommage à son frère appelé maintenant Charles de Peyssonnel, ambassadeur de France à Constantinople.

Pendant son long séjour de 32 ans en Guadeloupe, il n’a cessé de s’intéresser à de nombreux sujets dont témoignent ses publications.

Au début des années 1730, Peyssonnel et un prêtre nommé Anet, qui est en charge de l’hôpital de Basse-Terre, s’intéressent aux sources sulfureuses de la Soufrière. Il s’agit d’un volcan en activité, situé dans le sud de l’île de Basse Terre. Ils rédigent deux manuscrits sur la possible valeur thérapeutique de ces sources thermales après l’observation de plusieurs guérisons considérées comme miraculeuses. Le premier est intitulé « Dissertation sur les eaux thermales delisle de la Guadeloupe » et le second « Mémoire analitique des eaux chaudes de Bouillante, ville de la Guadeloupe » (Fig. 3).

En 1733, en tant que médecin-botaniste il étudie la riche flore du massif volcanique de la soufrière couvert de vastes forêts et envoie à l’Académie de Marseille un mémoire sur « Observations faites sur la montagne ditte la Souphrière dans l’isle Guadeloupe » (Fig. 3).

En 1749, il envoie à l’Académie de Marseille un manuscript formé de 18 lettres écrites à des personnes de considération qui sont des de petits traités moraux dont « une série d’observations sur l’éducation des enfants ».

Tout au long de son existence, aussi bien sur les côtes de Barbarie que sur celles de la Guadeloupe et des îles environnantes, il continue ses observations sur les coraux et la flore marine. Certaines seront publiées sous forme de notes par la Société Royale de Londres dans son journal, le très célèbre « Philosophical transactions ». Le nom générique d’une algue rouge, Peyssonnelia a été donné en sa mémoire.

Il continuera à consigner ses observations jusqu’à sa mort, le 24 décembre 1759 à l’âge de 65 ans en la paroisse de Saint-Bertrand de la Grande-Terre. Il est inhumé en la chapelle sainte Rose où il rejoint son épouse décédée prématurément en 1738 à l’âge de 26 ans.
Son décès resta longtemps ignoré des membres de l’Académie de Marseille. Il faut attendre 1778 pour que M. Colle, dans son discours de réception, fasse son éloge avec éclat et expose les plus nobles démonstrations à la gloire impérissable de ce confrère .

En témoignage de cette carrière professionnelle bien remplie, une rue de Marseille situé dans le troisième arrondissement a reçu son nom par délibération de la séance du 25 avril 1868 et sa photo figure à la station de métro Timone en compagnie de cinq autre médecins marseillais célèbres : Crinas, Jacques Daviel, Arthur Fallot, Simone Sedan et Edmond Henry avec l’inscription suivante « Jean André Peyssonnel fut le médecin qui organisa les soins lors de la grande peste de Marseille en 1720 » (Fig. 6)

fresque métro timone marseille

Fig. 6 -Fresque dans la station de métro Timone
De gauche à droite :J. Daviel, J.A. Peyssonnel, Crinas, E. Henry, A. Fallot, S. Sedan

Son portrait a été gravé par Fossard d’après une peinture d’Allais avec l’inscription « JA Peyssonnel Ecuyer Docteur en Médecine Corresp Associé des Acad des Sciences de Paris Londres Montpellier Marseille et Rouen né le 19 juin 1694 » (Fig. 7)

gravure peyssonnel

Fig. 7 –Peyssonnel par Fossard

Sources

• Block K (2019) Jean-André Peyssonnel : un homme des Lumières, famille et esclavage dans la Guadeloupe du XVIIIe siècle. Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, 183, 39-62. https://doi.org/10.7202/1064936ar
• Voillaume H (1989) Un marseillais aux Antilles : Jean André de Peyssonnel. Généalogie et histoire de la Caraïbe
• Hamy ET (1907) Peyssonnel et Antoine de Jussieu. Bulletin de géographie historique et descriptive. 2, 341-45.
• (1728) Archives nationales d’outre-mer, Col C7A Pièces relatives à la maladie de la lèpre qui sévit à la Grande-Terre (Guadeloupe). Etablissement de la léproserie de la Désirade.
• Peyssonnel A (1757) A visitation of leprosy at Guadeloupe. Two memories- letters to M.Dumonville. Royal Society Archivsp.5

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Dernière mise à jour :2 juillet 2021